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La Responsabilité Sociétale de l’industrie du tabac : le leurre

06 Mai 2015
Categorie: Cartons rouges
Tag: PHP

 

 

Le concept de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) encourage les entreprises à s’efforcer de faire des sacrifices tout en respectant les lois et les principes d’éthique et d’être de bonnes citoyennes. De cette manière, elles s’efforcent à être des entreprises citoyennes par opposition aux entreprises qui ont pour seul objectif d’engranger des bénéfices. Cependant, les fabricants de tabac ne sont pas comme les autres entreprises. Le tabac est le seul produit de consommation qui tue la moitié de ceux qui en font un usage direct. L’idée que les fabricants de tabac puissent être en accord avec les normes éthiques tout en assurant la promotion d’un produit générant des maladies est fondamentalement contradictoire. La Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), le premier traité global de santé publique au monde, établit un cadre politique visant à réduire les impacts économiques, sociaux et sanitaires dévastateurs du tabac.

Le tabagisme constitue un problème de santé publique, car il est à la base de nombreux décès dans le monde, notamment dans les pays en voie de développement. Les couches juvéniles payent le lourd tribu de cette mortalité.

 

Engagement des fabricants de tabac envers la RSE afin de promouvoir leurs intérêts

Les fabricants de tabac justifient leur engagement envers la responsabilité sociétale en menant, la plupart du temps, des actions de charme dépourvues d’impact sur les populations.  En effet, des documents internes à l’industrie du tabac révèlent les véritables objectifs des programmes parrainés par l’industrie, à savoir l’optimisation des profits et des intérêts des entreprises.

En réalité, les actions de RSE engendrent très peu de frais pour les fabricants de tabac par rapport à leurs recettes annuelles.
Par exemple, en 2009, Philip Morris International a versé sous formes de contributions caritatives l’équivalent de 22,7 millions de dollars tandis qu’elle a enregistré 6,3 milliards de dollars de recettes.

En outre, British American Tobacco a investi 22,3 millions de dollars dans la responsabilité sociale des entreprises alors que ses profits s’élevaient à 4,8 milliards de dollars. En essayant de faire comme les autres entreprises, l’industrie du tabac sape la mauvaise presse et essaie de générer des perceptions positives du public à leur égard.

Des études ont montré que l’industrie du tabac mène souvent des actions de RSE de manière à bénéficier d’une meilleure publicité et d’une plus grande exposition publique. La meilleure tactique est la philanthropie. Par exemple, en Chine, des écoles sont financées par les fabricants de tabac avec des slogans tels que « aspirer à apporter sa contribution à la société/ le tabac vous aide à révéler votre talent ». Slogan qui relie clairement le tabac à la réussite dans l’esprit des jeunes élèves. Les cigarettiers interviennent aussi dans la santé, la réduction de la pauvreté, l’aide aux victimes des catastrophes naturelles aux quatre coins du monde mais, en rendant toujours bien visibles leurs marques et logos, ce qui n’est rien d’autre qu’une forme de publicité déguisée.

 

Arrêter de fumer, pour retrouver sa liberté face à l'industrie du tabac. © Chaunu


Certains fabricants de tabac sont allés plus loin en se présentant comme des entreprises respectueuses de l’environnement alors que la culture et la fabrication du tabac sont néfastes sur le plan écologique.
En Afrique, les actions RSE des entreprises de tabac sont très rares ou tout du moins peu connues. Elles préfèrent parrainer des activités pour jeunes, ce qui leur permet d’atteindre leur cible avec la complicité passive des autorités. C’est ainsi que souvent, dans les quartiers populaires, des podiums sont organisés, les décibels à fond avec à la clé une distribution de casquettes, T-shirts, stylos à bille, sacs à dos portant la marque du cigarettier. De cette manière, les entreprises de tabac obtiennent la sympathie des populations, souvent très peu instruites et n’étant pas au fait de la dangerosité du tabac. A cela s’ajoute le fait que l’entreprise du tabac peut encore bénéficier de panneaux publicitaires dans les pays en voie de développement, ce qui n’est plus le cas dans les pays développés.

Lobbying politique

Les entreprises de tabac sont reconnues pour être les champions du lobbying car être une entreprise citoyenne implique un certain niveau de transparence qu’elles se refusent. Elles mènent souvent des négociations en coulisses avec pour but d’influencer la prise de décision politique. C’est ainsi que dans certains pays, elles ont pu retarder la mise en place des messages de prévention sur la dépendance, elles ont milité contre des augmentations de taxes et l'interdiction de la publicité dans les pays en voie de développement. Aujourd'hui, elles sont accusées de poursuivre leur lobbying.
La RSE est incompatible avec un lobbying politique souterrain d'aucune sorte et les entreprises expertes en négociations en coulisses ne sont que très rarement acceptées comme partenaires de dialogue.


Comment l’industrie du tabac reprend l’offensive grâce aux traités de libre-échange


L’entreprise du tabac à la quête de nouveaux marchés

En raison de lois plus strictes en Occident, les entreprises du tabac se sont focalisées vers de nouveaux marchés en croissance, notamment l'Europe de l'Est, l'Asie et l’Afrique. Les consommateurs des pays en voie de développement sont bien plus vulnérables que les consommateurs des pays occidentaux, accoutumés aux techniques de marketing.

Les premiers ont moins d'information sur les dangers de la cigarette et sont même souvent analphabètes. Il est également possible qu'ils associent la fumée à une vie moderne et à des valeurs occidentales qu'ils recherchent. De plus, les femmes peuvent voir la fumée comme un symbole d'émancipation.

Les cigarettiers opérant en Afrique, en Asie ou en Europe de l'Est essaient de tirer avantage de cette grande ignorances et s'abstiennent de cibler des segments de consommateurs spécifiques, afin d'attirer le plus de fumeurs possible.

 

© 2015 VIE | par Jacques Momar NDIAYE