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Industrie laitière
 

Pour l’industrie laitière et ses « experts », les troubles liés au lait et au gluten sont des « rumeurs »

15 Juin 2015
Categorie: Cartons rouges
Tag: PHP

 

 

Une "web-conférence" se propose de dire la science sur les régimes sans lait et sans gluten. Petit problème : elle est organisée par l'industrie laitière et ses "experts".

Pour tenter d’enrayer la baisse des ventes de lait, l’industrie laitière multiplie les opérations qui vise plus particulièrement les diététiciens-nutritionnistes et les médecins. Objectif : discréditer, sous couvert de science, les pratiques alimentaires de celles et ceux qui suivent des régimes sans lait et/ou sans gluten.

Près de 80 % des protéines du lait et du fromage sont constituées de caséine, qui est une puissante colle, celle qui fait notamment tenir les étiquettes sur les bouteilles de bière.

 

Les consommateurs sont en effet de plus en plus nombreux à diminuer ou arrêter le lait, en écho aux nombreuses études montrant que cet aliment ne prévient pas l’ostéoporose comme industrie et pouvoirs publics le prétendent, et qu’aux doses officiellement conseillées, il peut entraîner des troubles de santé, à commencer par l’intolérance au lactose.


Tous les bébés digèrent le lactose grâce à une enzyme appelée lactase. Mais en grandissant, l’activité de leur lactase diminue de 75 à 90% dans l’espèce humaine parce qu’elle est inutile à l’aune de l’évolution, nos ancêtres ne consommant plus aucun lait après le sevrage. Cependant, les descendants des peuples d’éleveurs du néolithique (Europe du Nord, Caucase, Peulhs, Masaïs, etc…) ont, il y a 5000 ans environ, développé des mutations génétiques qui maintiennent la lactase en activité même à l'âge adulte. Aujourd’hui, seules ces populations, minoritaires dans l’espèce humaine peuvent digérer le lactose du lait après l’enfance.

 

A contre-courant de ces études, la « web conférence » censée rétablir « ce que dit réellement la science en nutrition au sujet des régimes sans lait et sans gluten » s’annonce donc comme un grand moment d'information scientifique objective. Qu’on en juge :

  • elle est organisée par le CERIN, l’organisme de propagande de l’industrie laitière (qui se garde bien d'en faire état dans sa fiche d'identité)
  • y participent de grands « experts » comme le Dr Jean-Michel Lecerf, lui-même lié à l’industrie laitière, donc en situation de conflit d’intérêt, ou le sociologue Gérald Bronner, un autre habitué de l’industrie laitière, qui, sous un jargon ponctué de néologismes ronflants (« démagogisme cognitif ») considère que la méfiance vis à vis du lait est une « croyance dangereuse. »
"Une conférence qui, personne n'en doute, fera date dans l'histoire des sciences."

 

Comment le lait pourrait augmenter le risque de cancer de la prostate

Selon les résultats d’une méta-analyse de 32 études de cohorte portant sur la relation entre produits laitiers, calcium et cancer de la prostate, la consommation de produits laitiers est liée à un risque de cancer augmenté de 7% pour chaque portion de 400 grammes par jour. Pour le lait, l’augmentation du risque est de 3% pour chaque portion de 200 grammes, ce risque augmentant de 6% pour le lait écrémé ou demi-écrémé. Pour le fromage, le risque augmenterait de 9% par portion quotidienne de 50 grammes. La consommation de calcium total, et celle de calcium laitiers sont aussi associées à un risque plus élevé, mais pas celle de calcium non laitier ni celle de suppléments de calcium. En revanche, les chercheurs trouvent que l’usage de suppléments de calcium est associé à un risque accru de cancer fatal de la prostate, sur la base il est vrai d’un nombre restreint de données. Cette méta-analyse ne trouve pas de lien avec d’autres produits laitiers comme le beurre ou les crèmes glacées, mais les études sont probablement insuffisantes.

 

Le cancer de la prostate est le deuxième cancer le plus fréquent chez les hommes, avec près d’un million de nouveaux cas chaque année dans le monde, soit 14% des cas de cancer. Les études montrent que l’incidence de ce cancer est 70 fois plus élevée en Europe du Nord, Amérique du Nord, Australie, Nouvelle-Zélande où l’on consomme de grandes quantités de produits laitiers, par rapport à certaines régions d’Asie et d’Afrique où l’on n’en consomme pas ou peu. Ces études trouvent d’ailleurs que la consommation de produits laitiers est associée à un risque plus élevé de cancer de la prostate. De nombreuses études cas-contrôles, mais aussi de cohorte (études prospectives) ont aussi trouvé une relation entre laitages et cancer de la prostate, d’où cette méta-analyse.

 

 

De tout temps, divers naturopathes ou médecins plus ou moins sérieux ont défendu des régimes alimentaires farfelus. Aujourd'hui il semble que ce soit au tour du lait et des produits laitiers d'être sur la sellette.

 

On ne pouvait aborder ce sujet sans parler de Robert Cohen, surnommé aux USA, « l'homme anti-lait ». Il a écrit l'un des livres les plus fascinants et les plus documentés sur ce sujet : MILK, The deadly poison (« Le lait, poison mortel »), qui a fait grand bruit aux USA (pas encore traduit en français). Dans la dédicace de ce livre qui démonte la propagande du lobby laitier, il s'adresse à « toutes les personnes dans le monde qui souffrent de toutes sortes de troubles de santé sans être conscients de l'origine alimentaire de leurs maux. Puissent-elles découvrir que la fontaine de jeunesse, pour elles, leurs enfants et les générations futures, pourrait bien venir du simple fait d'éliminer le lait de leur vie ! »

Les consommateurs s’estiment « insuffisamment informés », explique Emmanuel Vasseneix , vice président de Syndilait, le syndicat des professionnels du lait. Et les idées les plus saugrenues vont bon train. En particulier sur la provenance du lait, dont un Français sur deux pense qu’il vient des pays de l’Est, où sur le nombre de consommateurs qui ne le tolèrent pas.

L’intolérance au lactose tend à se développer chez les personnes qui en boivent très peu, car moins on en boit, moins l’intestin fabrique l’enzyme nécessaire à son assimilation, explique Giampaolo Schiratti, le président de Syndilait.

 

© 2015 VIE | par Keyser Sozé