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Delta du Niger ...
 

Delta du Niger : « cette marée noire permanente dont personne ne parle »

19 Août 2014
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Le Nigéria est le premier producteur de pétrole brut du continent africain, et le secteur du pétrole et du gaz représentent 97% des revenus du pays. La zone pétrolière est essentiellement située dans l’Ogoniland, où se trouve le fameux Delta du Niger, l’une des zones de biodiversité les plus riches. Les marées noires sont malheureusement monnaie courante dans ce Delta, ancien sanctuaire écologique, aujourd’hui empoisonné par « l’or noir ». Pourtant, la réglementation nigériane prévoit que tout déversement pétrolier doit être nettoyé par la compagnie pétrolière en cause… Force est de constater que c’est loin d’être le cas !

 

Près du village de K-Dere, Etat d'Ogoniland. © Amnesty International

 

Selon Amnesty International, en 50 ans ce sont près de 9 millions de barils bruts qui se sont déversés dans le Delta… soit près de 1.200.000 tonnes de pétrole ! Un rapport de 2011 émanant du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) avait d’ailleurs alarmé : « La restauration environnementale de l'Ogoniland pourrait bien être l'exercice de nettoyage de pétrole le plus vaste et le plus long jamais réalisé dans le monde si l'on veut ramener à un état entièrement sain l'eau potable, les sols, les criques et les écosystèmes importants tels que les mangroves, qui sont contaminés ». En effet, toute la région est investie d’oléoducs et de puits détruisant l’environnement et, par là, les moyens de subsistance de la population Ogoni, vivant essentiellement de la pêche et l’agriculture. Il s’agit de 60% de la population qui dépend du milieu naturel pour vivre ! Dans certaines communautés Ogoni, la contamination de l’eau potable en substances cancérogènes est 900 fois supérieure aux préconisations de l’OMS !

Pourtant, ce désastre écologique et humain est loin de faire la une médiatique, contrairement à d’autres crises pétrolières faisant l’objet de centaines de reportages. Pour mieux comprendre, il faut resituer le contexte du Nigéria, qui demeure l’un des pays les plus corrompus au monde (selon Transparency International) où l’Etat et les sociétés étrangères s’accordent parfaitement autour des barils de pétrole.

Responsabilités

En terme de responsabilité, c’est Shell Nigéria, la plus grosse et la plus ancienne compagnie pétrolière du Delta du Niger (depuis 1958), qui est mise en cause, la plupart du temps pour négligence dans l’entretien de ses infrastructures. La société avait d’ailleurs du quitter le pays en 1993 à la suite de violences provoquées par la pauvreté et les dégâts environnementaux. Le rapport du PNUE avait d’ailleurs été sans appel « Le contrôle et l'entretien des installations pétrolières dans l'Ogoniland demeure inadéquat : les propres procédures de Shell Petroleum Development Company (SPDC) n'ont pas été respectées, conduisant à des problèmes de santé publique et de sécurité » et de manière encore plus virulente par Amnesty International « Shell a eu un impact terrible au Nigeria et s'en est sorti en niant cela des décennies durant ».

 

REUTERS/Austin Ekeinde

 

 

A ces accusations, la compagnie pétrolière rétorque que d’une part les maintenances des infrastructures sont toujours effectuées conformément aux normes et d’autre part que la plupart des accidents sont dus à des sabotages de la part des « Robins des Bois » nigérians, les rebelles du Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger (MEND). Shell Nigeria a toutefois reconnu être la cause des marées noires de 2008 et 2009 et s’est engagée à payer des compensations. Celles-ci sont toujours attendues… En 2013, Shell a envoyé des représentants dans l’Ogoniland pour faire l’inventaire de ses infrastructures, pour se conformer au rapport de l’ONU de 2011. Depuis, plus rien. Le rapport de l’ONU avait donc dénoncé à juste titre l’absence de volonté de Shell de réparer ses dégâts ainsi que l’incapacité dramatique du gouvernement à contrôler de telles industries dans son pays.

Suite … ?

Selon les derniers rapports scientifiques, la situation est grave, puisqu’il faudrait près de 25 à 30 ans d’assainissement pour retrouver une zone viable. L’ONU préconise également la création d’un Fonds spécial de 1 milliard de dollars, alimenté par l’Etat et par les compagnies pétrolières, qui serait géré par une institution neutre. Le nouveau président nigérian, quant à lui, a promis d’entamer des négociations avec les compagnies pétrolières en ce sens.
Pour l’instant, rien n’a avancé, si ce n’est un peu de sensibilisation. Le 4 août 2014 est d’ailleurs sorti un rapport « Shell : aucun progrès » issu d’un collectif d’associations dénonçant l’absence de mesures destinées à nettoyer la zone ou au moins les eaux du Delta du Niger. A ce stade, certaines estiment que seuls les investisseurs pourront faire pression sur Shell et le gouvernement afin de les soumettre à des pressions financières telles qu’ils n’auront d’autre choix que de se plier à l’assainissement de la zone et l’indemnisation des personnes touchées.
En attendant que tout cela se mette en place, les Ogoni, eux, ne peuvent ni pêcher ni cultiver entre le mazout et les puits pétroliers.