------ |
Delta du Niger ... |
Delta du Niger : « cette marée noire permanente dont personne ne parle »
Tweet

Près du village de K-Dere, Etat d'Ogoniland. © Amnesty International
Selon Amnesty International, en 50 ans ce sont près de 9 millions de barils bruts qui se sont déversés dans le Delta… soit près de 1.200.000 tonnes de pétrole ! Un rapport de 2011 émanant du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) avait d’ailleurs alarmé : « La restauration environnementale de l'Ogoniland pourrait bien être l'exercice de nettoyage de pétrole le plus vaste et le plus long jamais réalisé dans le monde si l'on veut ramener à un état entièrement sain l'eau potable, les sols, les criques et les écosystèmes importants tels que les mangroves, qui sont contaminés ». En effet, toute la région est investie d’oléoducs et de puits détruisant l’environnement et, par là, les moyens de subsistance de la population Ogoni, vivant essentiellement de la pêche et l’agriculture. Il s’agit de 60% de la population qui dépend du milieu naturel pour vivre ! Dans certaines communautés Ogoni, la contamination de l’eau potable en substances cancérogènes est 900 fois supérieure aux préconisations de l’OMS !
Responsabilités
En terme de responsabilité, c’est Shell Nigéria, la plus grosse et la plus ancienne compagnie pétrolière du Delta du Niger (depuis 1958), qui est mise en cause, la plupart du temps pour négligence dans l’entretien de ses infrastructures. La société avait d’ailleurs du quitter le pays en 1993 à la suite de violences provoquées par la pauvreté et les dégâts environnementaux. Le rapport du PNUE avait d’ailleurs été sans appel « Le contrôle et l'entretien des installations pétrolières dans l'Ogoniland demeure inadéquat : les propres procédures de Shell Petroleum Development Company (SPDC) n'ont pas été respectées, conduisant à des problèmes de santé publique et de sécurité » et de manière encore plus virulente par Amnesty International « Shell a eu un impact terrible au Nigeria et s'en est sorti en niant cela des décennies durant ».

REUTERS/Austin Ekeinde

Suite … ?
Selon les derniers rapports scientifiques, la situation est grave, puisqu’il faudrait près de 25 à 30 ans d’assainissement pour retrouver une zone viable. L’ONU préconise également la création d’un Fonds spécial de 1 milliard de dollars, alimenté par l’Etat et par les compagnies pétrolières, qui serait géré par une institution neutre. Le nouveau président nigérian, quant à lui, a promis d’entamer des négociations avec les compagnies pétrolières en ce sens.
Pour l’instant, rien n’a avancé, si ce n’est un peu de sensibilisation. Le 4 août 2014 est d’ailleurs sorti un rapport « Shell : aucun progrès » issu d’un collectif d’associations dénonçant l’absence de mesures destinées à nettoyer la zone ou au moins les eaux du Delta du Niger. A ce stade, certaines estiment que seuls les investisseurs pourront faire pression sur Shell et le gouvernement afin de les soumettre à des pressions financières telles qu’ils n’auront d’autre choix que de se plier à l’assainissement de la zone et l’indemnisation des personnes touchées.
En attendant que tout cela se mette en place, les Ogoni, eux, ne peuvent ni pêcher ni cultiver entre le mazout et les puits pétroliers.









