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Les causes de la déforestation dans le nord du Sénégal
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Déforestation à Thillé Boubacar (nord du Sénégal)
© Younous Kane / http://www.notre-planete.info/
Le facteur climatique est incontournable mais le facteur humain est plus que déterminant dans le processus de désertification du sahel. L'action néfaste de l'homme à la suite de la sécheresse des années 1974 s'étant traduit par la coupe des arbres pour combler les besoins énergétiques et économiques, la conscience tardive des populations rurales, l'arrivée des peuls guinéens, le coût onéreux de l'énergie combustible et la politique de gestion des ressources naturelles peu soucieuse de l'avenir sont autant de facteurs qui constituent les catalyseurs du désastre.
Les causes de la déforestation
La mauvaise politique énergétique de l'Etat du Sénégal oblige les populations à surexploiter les ressources les plus accessibles : le bois, à la fois pour les besoins domestiques et pour l'exportation vers les grands centres urbains comme Dakar où le prix de revient d'un seul sac de charbon équivaut au triple du prix acheté.
La situation dans le nord devient alarmante et elle a été aggravée par la reforme qui a décentralisé les permis de coupe au niveau des collectivités locales qui ignorent parfois l'intérêt à préserver nos ressources. Au niveau institutionnel, l'Etat n'accorde pas le crédit qu'il faut aux ressources naturelles et s'en sert également pour ratifier les grandes conventions pour la préservation de la nature dans le but de bénéficier des financements.
A cela s'ajoute le fait que depuis un bon moment, le Sénégal ne recrute pratiquement plus d'agents des eaux et forets et la conséquence en est que le personnel vieillit et la surveillance devient insuffisante. Les populations locales se ruent vers le peu de forets qui nous restait vu que les récoltes sont insuffisantes et l'économie de la commercialisation des productions ne couvre plus les besoins.
Depuis les années 2000 le secteur des eaux et forêts a été privatisé laissant une grande place à des agences autonomes, ce qui constitue un facteur aggravant (agence de la grande muraille verte entre autres).
Les services forestiers hésitent toujours entre leurs interventions de répression et de contrôle des coupes de bois, si aléatoires ,et des interventions plus positives de reboisement, trop souvent considérées sous forme de projets et non sous forme d'actions généralisées d'appui aux villageois. Il n'existe pratiquement plus de pépinières villageoises, très utiles et les actions de reboisement, insuffisamment préparées aves les villageois restent souvent des échecs.
Une conscience lente et tardive la faiblesse devient force quand nait la conscience
La conscience du phénomène de désertification et de sa progression rapide existe, nous l'avons vu au niveau des responsables. Elle se developpe, trop lentement sans doute, mais sûrement, dans les diverses couches de la population et chez les cadres de terrain. Mais cette conscience est fragile et risque de s'alanguir si une volonté politique déterminée ne la soutient pas soigneusement et si les responsables n'entreprennent pas sans tarder des applications de grande échelle.
L'avènement de l'agro business a été à l'origine de la déforestation des centaines d'hectares dans la zone de Fanaye en 2011, les populations se sont révoltées pour s'opposer au projet (Sen huile sen éthanol), une révolte qui s'est soldée par un bilan lourd : deux morts et plusieurs dizaines de blessés. Jusqu'a présent aucune action n'est entreprise pour combler ce déficit ni par l'Etat ni par les populations. La situation s'aggrave davantage cette année par une absence d'hivernage accentuant la vulnérabilité du sol dénudé face aux vents violents, aux ravinements par les pluies, à l'abaissement des nappes phréatiques insuffisamment réalimentées et la disparition des prairies poussant les populations nomades à migrer vers le sud (le Saloum).
Faune spécialisée et stratégie d'adaptation
Jusqu'aux limites de l'inhabitable la vie se maintient en un fragile équilibre, déployant des trésors d'ingéniosité, des espèces animales ont su développer des moyens de survie en zone aride. Ces merveilles d'adaptation sont, pour la plupart, sur la voie de l'extinction : sans un énorme effort d'urgence, leur existence ne sera plus, pour la future génération, qu'une simple légende venue du fin fond des sables.
En conclusion, nous pouvons dire que l'Etat et les populations sont directement ou indirectement les principaux acteurs de la dégradation de l'environnement. Le genre de vie nomade ou semi nomade, le déboisement, l'agriculture, l'agrobusiness, l'élevage extensifs, sont par essence destructeurs de couvert végétal.
Le plus grand malheur est que l'homme du sahel n'est pas attaché à l'arbre, qu'il exploite sans souci de protection et de remplacement. La progression des besoins, conjuguée à la désagrégation des structures Etatiques du secteur a entrainé le caractère rapide particulièrement désordonné de cette surexploitation, dont les résultats et la dynamique constituent la situation qui prévaut actuellement.
Younous Kane / Enseignant - ecologiste-bibliothecaire











