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La sorcellerie au travail et en famille
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« La sorcellerie est une vérité sans aucun doute, mais elle est aussi une pratique interdite dans toutes les religions révélées. »
Un des grands maux de notre société actuelle, peut-être le pire, est l’utilisation de la sorcellerie ou encore du maraboutage afin d’obtenir une ascension sociale, l’amour d’un être convoité, la mise à l’écart d’un concurrent ou sa mort, la séparation de personnes unies par les liens sacrés du mariage, ou encore pour se désenvoûter.

© Magazine VIE N°15
La sorcellerie, terme controversé, dont l’histoire très complexe remonte à la nuit des temps, peut se définir comme un ensemble de talismans (gris-gris) et d'actes d'ensorcellement et de magie ou comme étant le fait de donner au faux une apparence vraie. Elle résulte d’un pacte conclu entre les diables et le sorcier dans le but de faire du mal. Elle peut avoir des conséquences fâcheuses sur la santé physique ou mentale de celui qui y croit.
La sorcellerie est généralement utilisée pour provoquer la désunion dans la famille et séparer les époux. Certains savants considèrent que la sorcellerie s’apparente à la pratique d'une certaine forme de magie, souvent considérée comme la plus inférieure, et dans laquelle le sorcier établit une communication avec des entités de caractère démoniaque.
Certaines doctrines religieuses considèrent toute forme de magie comme de la sorcellerie, la proscrivent ou la placent au rang de la superstition. Elles opposent le caractère sacré de leurs propres rituels aux pratiques de la sorcellerie. Cependant, l’impact de ces mauvaises pratiques et croyances n’est pas sans danger pour l’environnement du travail et les résultats des entreprises, voire de la Nation.
Dès lors, la question qu’on peut, à juste titre, se poser est de savoir ce qui pousse nombre de nos compatriotes à consulter ces marabouts ou charlatans pour qu’ils accomplissent, à leur demande, des actes aussi ignobles qu’insensés ? Pour se convaincre de la justesse de leurs actes, certains n’hésitent pas à vous rétorquer que c’est parce que nous sommes en Afrique et que cela ferait partie de nos réalités. Qu’en serait-il alors de l’Asie avec ses chamans et l’Europe avec ses magnétiseurs et autres chiromanciens ?
En réalité, ces pratiques ne peuvent être bénéfiques que dans la mesure où elles servent à guérir des maladies chroniques ou psychosomatiques supposées inguérissables avec la médecine classique. Autrement, elles utilisent l’extraordinaire faiblesse de l’être humain et sa grande crédulité, signe évident d’une certaine arriération mentale et d’un grand désarroi.
Aujourd’hui, on peut affirmer sans risque d’être contrarié que, pratiquement, plus rien ne s’obtient de manière naturelle. Vous avez des problèmes avec votre conjoint, vous devez passer un examen, vous avez eu un accident, vous voulez gagner un procès, une élection, un combat de lutte ou un match de football, vous aspirez à un mieux-être à travers une promotion sociale, vous cherchez un mari ou vous voulez le conserver, vous vous êtes disputé avec quelqu’un, il faut vite aller consulter le marabout. Vous avez réussi, alors votre marabout est très fort, il vous faudra le présenter à vos proches et amis, et surtout ne dites jamais que vous n’en avez pas. Peu de gens vous croiront et les autres vous prendront pour un égoïste. Et si cela ne suffisait pas, il y a tout un chapelet de superstitions familiales ou nationales qui enserrent nos esprits et finissent souvent par terrasser les plus solides d’entre nous.
Il y en a qui ne peuvent rester plus de trois jours ou une semaine sans consulter malgré la puanteur des locaux de ces charlatans qui, parfois, utilisent des talismans (ndombos*), des écrits d’envoûtement ou des drogues et des ingrédients infects (safara*) censés régler votre problème. Les corps de ceux et celles qui y sont habitués dégagent une odeur pestilentielle au moindre effort physique malgré ou à cause de parfums très relevés, pour ne pas en dire plus, et utilisés pour atténuer cette odeur, sans bien sûr, évoquer les relents nauséabonds causés par la dépigmentation artificielle de nos femmes, et il est souvent difficile voire impossible d’entretenir des relations saines à moins que vous ne soyez du même monde et que vous ayez les mêmes vues.
Pourtant, d’aucuns, dans un éclair de clairvoyance, vous disent que si ces marabouts étaient aussi capables qu’ils le prétendent, certains pays, dont le nôtre, auraient gagné une dizaine de coupes d’Afrique de football, au lieu d’une seule finale disputée et perdue, justifiant ainsi les sommes énormes dépensées à cet effet, et qui auraient pu être beaucoup plus utiles ailleurs. De plus, le non développement, de règle dans toute la sous région, aurait été un mauvais souvenir depuis des lustres. Si les armées, avec leur important dispositif matériel et technique, pouvaient combattre l’ignorance, l’insalubrité, l’illettrisme et l’analphabétisme, avec la même rapidité qu’elles ôtent des vies, souvent innocentes, lors des conflits, il est quasi certain que ces pratiques d’un autre âge auraient fortement diminué à défaut de disparaître à jamais dans le néant.

© Magazine VIE N°15
On peut aussi se poser la question de savoir ce que devient la volonté du consultant dans le processus d’ensorcellement ? Est-elle inexistante ? Lorsqu’il y a succès, est-ce seulement du fait du marabout ou est-ce la conjonction de leurs deux volontés ou, plus simplement, est-ce quelque chose qui devait arriver ?
En premier lieu, lorsque votre esprit est tout entier tourné vers un but et que toutes vos pensées convergent vers ce but, et que celui-ci est atteignable, alors il y a de fortes chances pour que votre projet aboutisse, surtout lorsque vous êtes en plus encouragé par ce qui ne saurait être, dans ce cas, qu’un placebo, un stimulant de votre volonté.
D’un autre côté, si vous permettez à quelqu’un ou à une entité d’avoir une influence sur vous, à cause de votre faiblesse mentale, alors sachez que vous êtes perdu(e). Car, le premier signe de la dégénérescence et de la déchéance humaine est le manque de confiance en soi, suivi de l’aversion qu’on peut avoir pour soi-même. Il faut donc prendre soin de se fixer des buts atteignables et modestes afin d’éviter toute désillusion précoce qui vous ferait revenir à la case de départ.
Il est naturellement évident que toutes ces attitudes négatives et ces comportements déviants et contraires à l’éthique, ont pour source unique le stress, un esprit confus et inapte. Il faut dire aussi que la plupart de ces charlatans sont de fins psychologues et d’habiles menteurs, des virtuoses de l’entourloupe qui, exploitant le désespoir des gens, évoquent tous les cas de figure possibles pour n’en rater aucun, parfois avec la complicité innocente de la personne qui vous y amène. Ils parviennent souvent à vous fidéliser pour s’assurer d’un revenu périodique non imposable.
Ce qu’il faut savoir, c’est que cela ne marche jamais et, quand vous avez l’impression que tout semble bien se passer, cela risque d’être éphémère et le réveil peut se révéler brutal. Mais, pour tous les cas d’empoisonnement d’une personne détestée, par exemple, on peut dire que les résultats sont quasi immédiats à cause de la virulence des drogues employées sous forme de poudre à mélanger aux plats ou aux boissons de la victime. Ainsi, beaucoup de ces personnes changent de charlatan pratiquement tous les mois, quitte à voyager, à la recherche de l’oiseau rare, en ignorant que la clé de leur problème réside en eux-mêmes.
C’est pourquoi, en Europe, en France particulièrement, le coaching s’est beaucoup développé ces dernières années. Il consiste à prendre une personne, le coach, spécialisée dans le domaine où vous constatez des défaillances, qui vous indique la voie à suivre dans telle ou telle circonstance. C’est beaucoup plus sain et vous ne faites de mal à personne.
En tout état de cause, notre environnement social et urbain souffre énormément de ces croyances préhistoriques, à l’image de ces personnes vendant des produits fétides, de dangereux poisons aux abords du stade Iba Mar Diop et que tout le monde dépasse comme si de rien n’était. Il y a bien là un véritable problème de santé publique.
Par Ibrahima GUEYE Khalil © Magazine VIE N°15











