LES SCIENTIFIQUES SONT SOUS LE CHOC : CETTE ÉTUDE RÉVÈLE CE QUE L’OCÉAN ACCUMULE À NOTRE INSU


Des microplastiques, il y en a partout. C’est désormais connu. Y compris dans le plus reculé des océans. Mais il n’y a pas que cela d’inquiétant dans nos mers. Des chercheurs publient aujourd’hui des chiffres qui font vraiment froid dans le dos.

« Qui cherche trouve ! » Dans notre belle langue française, l’expression peut avoir deux significations opposées. On peut y comprendre que les efforts et la persévérance finissent toujours par payer. On peut aussi y voir un avertissement : si vous fouillez, vous vous exposez au risque de faire apparaître des choses déplaisantes.

« L’empreinte humaine est partout, estime aujourd’hui Lihini Aluwihare, océanographe chimiste à l’institut Scripps (université de Californie, États-Unis), dans un communiquéCe qui détermine si on la trouve, c’est si on la recherche dans nos données ». C’est donc malheureusement bien le second sens de l’expression « qui cherche trouve », qui s’applique à l’étude que son équipe a co-pilotée sur plus de 2 300 échantillons d’eau de mer provenant presque du monde entier.

Une analyse non ciblée de milliers d’échantillons

L’une des analyses chimiques de nos océans les plus complètes jamais menées. Et ce qu’elle révèle, malheureusement, c’est l’omniprésence dans le milieu marin de produits chimiques d’origine humaine. Des additifs plastiques, des lubrifiants industriels, des produits pharmaceutiques ou encore des pesticides. Dans la revue Nature Geoscience, les chercheurs soulignent que beaucoup de ces substances les plus abondantes et les plus répandues étaient, jusqu’ici, rarement contrôlées. « Qui cherche trouve ! »

Et pour trouver, les chercheurs américains ont fait le choix d’une méthode différente. Une approche dite « non ciblée » capable de détecter simultanément des milliers de composés sans les identifier au préalable. Ils ont appliqué la méthode à 2 315 échantillons d’eau de mer provenant de 21 jeux de données collectées dans le monde entier entre 2017 et 2022. La spectroscopie de masse a ensuite identifié 248 composés d’origine humaine dans ces échantillons.

Tilman Schramm, doctorant au sein du groupe de Daniel Petras, extrait des molécules organiques dissoutes d’un échantillon d’eau de mer en vue d’une analyse par spectrométrie de masse. © Laboratoire UCR, Petras

Pas que des plastiques dans nos océans

« Depuis des décennies, les scientifiques suivent la trace des débris plastiques flottant à la surface des océans et mesurent la hausse des températures, signe du changement climatique, remarque Daniel Petras, professeur adjoint de biochimie, dans un communiqué de l’université de Californie à RiversideMais une autre empreinte humaine, largement invisible, s’accumule dans les mers : des milliers de substances chimiques de synthèse. Même dans des endroits que nous considérons comme relativement préservés, nous avons trouvé des traces chimiques évidentes de l’activité humaine. L’ampleur de cette influence est surprenante. »

Les polluants les plus répandus se révèlent être des produits chimiques industriels : des plastifiants, des filtres UV de nos crèmes solaires et des parfums de synthèse. Les cinq principaux ont même été détectés dans plus de 30 % des échantillons. Y compris en haute mer. Plus près des côtes, les chercheurs ont trouvé plus de produits pharmaceutiques comme des anxiolytiques et de pesticides comme le DEET.

Dans les estuaires, les analyses révèlent jusqu’à 76 % de composés de synthèses parmi les substances retrouvées. Mais ce n’est pas le plus alarmant, selon les chercheurs. Ce qui les inquiète vraiment, c’est la proportion de 0,5 % à 4 % de ces composés en haute mer. Pourtant, ces chiffres sont faibles. Oui, mais ils sont le symbole de l’ampleur de la pollution chimique d’origine humaine dans nos océans. Même certains récifs coralliens les plus isolés, souvent considérés comme préservés, présentaient des signatures chimiques évidentes d’activités humaines.

C’est d’autant plus préoccupant que certaines classes de polluants, comme les tristement fameux PFAS, ne peuvent pas être détectés par la méthodologie actuelle. D’autres ne figurent pas encore dans les bases de données de référence utilisées pour identifier les substances chimiques présentes dans les échantillons. La couverture géographique laisse, elle aussi, encore à désirer. Quasiment aucun échantillon analysé ne venait d’Asie du Sud-Est ou d’Inde.

Des conséquences potentiellement dramatiques sur la vie

C’est donc acquis, il y a des substances de synthèse partout dans les mers. Et alors ? Les chercheurs reconnaissent qu’ils ne savent pas tout à fait. « Déterminer si la présence de ces molécules a, d’une manière ou d’une autre, altéré ou modifié le fonctionnement des écosystèmes marins constitue la prochaine étape cruciale, précise Lihini Aluwihare. Les xénobiotiques – c’est ainsi que les scientifiques appellent les composés d’origine humaine – sont omniprésents ; par conséquent, leurs impacts écologiques, quels qu’ils soient, le sont probablement tout autant. »

« Ces produits chimiques contribuent de manière significative au stock de matière organique de l’océan. Cela signifie qu’ils pourraient jouer un rôle insoupçonné dans le cycle du carbone marin et le fonctionnement des écosystèmes », ajoute Daniel Petras. Alors l’équipe a décidé de rendre ces données public. Objectif : permettre à d’autres de se les approprier pour accélérer la recherche et comprendre les impacts de nos activités sur l’océan. Des analyses différentes aideront peut-être aussi à déterminer si ces composés persistent dans le milieu marin ou s’ils sont constamment renouvelés par les activités humaines.

La bonne nouvelle, parce qu’heureusement il y en a une, c’est que des matériaux plus sûrs sont possibles. Ils existent déjà. Et ils pourraient nous prémunir d’une crise non seulement environnementale, mais aussi sanitaire majeure. Alors qu’attendons-nous ?


Src : futura-sciences.com

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