On pensait l’océan trop vaste pour ployer sous nos activités. Une nouvelle étude montre qu’il pourrait atteindre un seuil critique dès 2050, certaines zones du globe étant en première ligne.
Publiée dans Science par l’Université de Californie à Santa Barbara (UCSB), l’étude révèle que l’impact cumulé des activités humaines sur l’océan pourrait doubler en 25 ans. Réchauffement, perte de biomasse halieutique, montée des eaux, acidification et pollution nutritive s’additionnent. Résultat : les tropiques verront une hausse rapide des pressions, tandis que les pôles, déjà fragilisés, s’aggraveront encore.
Les zones côtières, où se concentrent activités économiques et ressources vitales, encaisseront le plus gros des impacts. Les chercheurs citent notamment l’Australie, l’Afrique de l’Ouest, les îles des Caraïbes orientales ou encore le Moyen-Orient comme régions à risque.
Parmi les écosystèmes les plus exposés figurent les mangroves, les récifs coralliens et les herbiers marins, déjà en déclin. Des niveaux qui pourraient dépasser la capacité d’adaptation des écosystèmes, avec des répercussions directes sur l’alimentation et les économies de nombreux pays.

Carte des impacts cumulés actuels (A) et projetés (B) sur les océans, et de leur évolution attendue d’ici 2050 (C-D). Les zones côtières apparaissent comme particulièrement vulnérables à l’intensification des pressions humaines. © Halpern et al., Science 2024 - AAAS
Des leviers encore possibles
Ce travail prolonge une première cartographie publiée en 2008 dans Science, qui montrait déjà que 41 % des environnements marins étaient fortement impactés. L’étude actuelle trace la trajectoire à venir.
Les chercheurs pointent plusieurs solutions : réduire les émissions de gaz à effet de serre, renforcer la gestion des pêches et protéger les habitats côtiers clés comme les mangroves et marais salants.
« Nous pouvons encore modifier cet avenir : c’est un avertissement, pas une fatalité », insiste l’auteur principal Ben Halpern et directeur du NCEAS (Centre national d’analyse et de synthèse écologiques de l’UCSB) et professeur à la Bren School of Environmental Science & Management de l’UC Santa Barbara.
Reste à savoir si la communauté internationale saura agir à temps pour freiner cette trajectoire. Serons-nous capables de préserver l’océan avant qu’il ne franchisse un point de non-retour ?





