A un mois du G7 en France, plusieurs ONG tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences du changement climatique sur les inégalités de genre, trop longtemps reléguées au second plan. Elles déplorent l’écart entre les annonces politiques et la réalité des financements.
« Le changement climatique est sexiste », lance Mathilde Henry, de CARE France. « C’est un accélérateur de la mise à risque des femmes, un multiplicateur des risques », et « quand il y a des sécheresses qui frappent, quand on a des récoltes qui échouent, c’est les femmes qui mangent en dernier, et le moins ».
Actuellement, 47,8 millions de femmes de plus que d’hommes souffrent d’insécurité alimentaire dans le monde, souligne de son côté Action contre la faim pour qui les inégalités de genre sont à la fois « une cause et une conséquence de la faim ».
Dans de nombreuses communautés où les injonctions liées aux rôles assignés par les sociétés patriarcales sont omniprésentes (et parfois cumulés à d’autres discriminations), les responsabilités de la collecte de l’eau, de la nourriture, du combustible et des soins aux enfants ou aux personnes malades dans la communauté incombent principalement aux femmes, précise ACF sur sont site à l’occasion du lancement de sa campagne baptisé « Elles ont faim de droits ».
« Toutes ces activités seront rendues plus difficiles à mesure que le climat continue de se dérégler, d’autant plus que les femmes ont accès à moins de ressources (alimentaires, financières et matérielles) pour y faire face », constate l’organisation.
Hausse des température et violences conjugales
La hausse des températures influe également sur leur sécurité. Chaque augmentation de 1°C de la température mondiale est associée à une augmentation de 4,7% des violences conjugales, indiquait en avril 2025 une étude de l’Initiative Spotlight, alliance entre l’Union européenne, les Nations Unies et le gouvernement du Mexique.
Même constat lors de phénomènes météorologiques extrêmes. Exemple: les inondations au Bangladesh, qui ont provoqué une hausse documentée des violences basées sur le genre et des mariages d’enfants.
Or, l’inaction face au dérèglement climatique pourrait faire basculer jusqu’à 158,3 millions de femmes et de filles supplémentaires dans l’extrême pauvreté d’ici à 2050, selon le Gender Snapshot 2025 d’ONU Femmes.

© Action contre la faim
Des financements en baisse
Quand les financements reculent, ce sont toujours les plus vulnérables qui paient le prix fort. Dans ce contexte, des organisations profitent du G7 pour tenter de peser sur ce sujet.
Si la France, qui assure cette année la présidence du G7, s’est dotée d’une stratégie pour une diplomatie féministe sur la période 2025-2030, sur le terrain, les associations déplorent le déclin de l’aide et ses effets. En 2025, l’aide publique au développement (APD) des membres et associés du Comité d’aide au développement s’est élevée à 174,3 milliards de dollars, soit une baisse de 23,1% par rapport à l’année précédente, la plus forte contraction annuelle jamais enregistrée, selon l’OCDE. Allemagne, États-Unis, Royaume-Uni, Japon et France représentent 95,7% de la baisse totale de l’APD.
L’outil de financement du Fonds de soutien aux organisations féministes (FSOF), « l’initiative la plus emblématique de la diplomatie féministe de la France, a été sérieusement impacté », souligne Plan International France.
« On a une attaque du langage, une attaque idéologique, et une attaque financière qui n’est même pas contrecarrée par les pays qui protègent les questions d’égalité », commente Léa Cros d’ACF. « Le langage diplomatique, c’est une chose. Mais après, il faut opérationnaliser ce langage. Mais là, même les bailleurs européens qui peuvent porter cette question d’égalité de genre comme la France entraînent un énorme séisme financier », en réduisant la voilure.
Ces baisses ont des répercussions directes sur le maintien de programmes d’ONG internationales, fermés par dizaines, mais aussi sur des structures locales en première ligne et sur des millions de bénéficiaires. « On peut vous traduire tout ça malheureusement en nombre de morts, d’enfants déscolarisés, de mariages d’enfants… », énumère Michelle Perrot, de Plan International France.

Des Sénégalaises participent à la troisième édition de la Marche des femmes pour le climat à Dakar, au Sénégal, le samedi 25 novembre 2023. © Photo AP/Sylvain Cherkaoui
Compter sur les femmes
Pour tenter d’endiguer ces phénomènes, des spécialistes issues des pays du Sud demandent à être associées aux politiques publiques. Au-delà de leur vulnérabilité face aux aléas climatiques, ces femmes portent une partie des solutions d’adaptation, notamment en matière de protection de la nature ou d’agriculture. « Les femmes ne sont pas seulement vulnérables. Si on les soutient, elles peuvent devenir des agents du changement », fait valoir Hoang Thi Ngoc Ha, chercheuse vietnamienne spécialisée dans les solutions fondées sur la nature et l’intégration du genre dans l’adaptation climatique, lors d’une conférence de presse en amont du G7 Environnement fin avril.
Et de louer l’importance des subventions des ONG, fléchées vers les associations locales, qui ont par exemple permis d’octroyer des micro-crédits à des femmes, de développer des programmes dans des villages ou d’améliorer les revenus des agricultrices.
Par ailleurs, les femmes des communautés autochtones sont encore « quasi systématiquement écartées » des espaces de décision internationaux, selon l’une d’elle, Gladys Yolanda Guamán Casillas. Cette spécialiste équatorienne en agroécologie a demandé « aux gouvernements de tous les pays du monde » à être « des moteurs pour que nous soyons entendues ».
Les oubliées du G7
Pour Care France, « si la participation des femmes dans les politiques d’environnement les rend plus efficaces, la parité reste loin d’être atteinte partout dans le monde ». Cinq porte-parole du Sud global (Vietnam, Sénégal, République démocratique du Congo, Madagascar, Équateur) se sont exprimées au Forum 104 dans le cadre d’une conférence de presse organisée par quatre ONG membres de Women7. Elles réclament que cet enjeu soit pris en compte lors du G7 Environnement.
Comme le rappelle le site d’information Reporterre, cette question — et plus généralement celle de l’égalité de genre — ne figurait pas à l’agenda du G7 Environnement qui s’est tenu fin avril, pas plus qu’à celui du prochain Sommet du G7 qui aura lieu à Évian en France du 15 au 17 juin 2026.
Par Terriennes Isabelle Mourgere et AFP





