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Déchets plastiques
 

Le Sénégal, dernier de la classe en matière de sachets plastiques

29 Avr 2014
Categorie: Cartons rouges
Tag: PHP

 

 

Chaque minute, la planète consomme environ un million de sacs plastiques

Lors de la Journée Mondiale de la Terre, le 22 avril 2014, le Président Sénégalais Macky SALL a annoncé l’arrivée prochaine d’une loi interdisant les sachets plastiques au Sénégal. Il serait donc intéressant de nous pencher sur la situation des sachets plastiques en Afrique en général, et au Sénégal en particulier, pour mieux répondre aux besoins de réglementation en la matière.

 

 

Les sachets plastiques en Afrique

Environ 300 millions de tonnes de sachets plastiques sont produites chaque année dans le monde, à raison d’environ 30 kg par personne ! Par exemple, la ville de Lomé (Togo) représente à elle seule une utilisation de près de 3 milliards de sacs d’emballages par année. Sachant qu’un sac plastique met entre 500 et 1000 ans à se dégrader, il est temps de réagir, ou nos enfants mangeront des sachets plastiques car il ne restera plus que ça ! La planète entière se mobilise donc pour enrayer ce fléau.

L’Afrique, victime d’un accroissement anarchique des sachets plastiques, prend elle aussi les mesures nécessaires. En effet, il n’est pas rare de voir les sachets plastiques boucher les sorties d’égouts et engendrer des inondations, des arbres décorés par des sacs pendant à leurs branches, des bovins mourant après avoir ingurgité des sachets plastiques, sans parler des émanations de fumée des sachets que l’on brûle un peu partout, qui produisent encore plus de gaz à effet de serre etc.

Certains pays comme la Tanzanie, l’Ouganda, l’Afrique du Sud, le Gabon ou le Kenya ont déjà totalement interdit la production et la commercialisation de sachets de petite taille. 2013 semble avoir été l’année de changement en matière des politiques de gestion des déchets plastiques en Afrique, car beaucoup d’Etats ont pris des mesures soit pour diminuer soit pour interdire la prolifération de ces sacs plastiques si néfastes à l’environnemenent.

 

Au Mali et en Mauritanie : la production, la commercialisation et l’usage des sachets plastiques est totalement interdite depuis le 1er janvier 2013.

La Mauritanie prévoit même une peine de prison ferme allant jusqu’à 1 an et d’une amende d’environ 2500 euros pour tout fabriquant, distributeur ou usager des sachets plastiques.

Quant au Mali, la nouvelle loi est entrée en vigueur en avril 2013, laissant le temps aux autorités d’effectuer un travail de sensibilisation des populations, élément essentiel au bon fonctionnement des réformes. Ce n’est que parce que nous, citoyens et habitants, prenons conscience des dangers et de la toxicité de ces sachets plastiques pour notre santé et l’environnement, que la situation peut être changée !

 

Le Burkina Faso, hésitation entre 2 formules de lois : interdiction ou taxation

Le Burkina Faso avait lancé une journée opération « Zéro Sachet Plastique » durant laquelle il fallait récolter le plus de sachets possibles, les plus grosses récoltes étant récompensées par des lots et des sommes d’argent. Plus de 6000 personnes avaient participé et ainsi récolté environ 350 tonnes de déchets ! Si cette sensibilisation est efficace, on attend toujours du Burkina qu’il se décide à adopter une réglementation en matière de sachets plastiques, car pour l’instant 2 projets de loi différents (l’un fondé sur l’interdiction et l’autre sur la taxation) ont été déposés mais aucun n’a été choisi.

 

Le Togo : inciter la population au ramassage des sachets contre de l’argent

Le Togo a également déclaré la guerre aux sachets plastiques. Depuis 2010, une association togolaise, Environnement Plus, a décidé de nettoyer la ville en incitant les habitants à ramasser les sachets plastiques qu’ils voient dans la rue contre une somme d’argent. C’est peut-être même la meilleure méthode, comme l’ont souvent démontré les faits : la menace d’une taxe (donc une perte d’argent) ou l’attrait d’un gain d’argent motivent beaucoup plus souvent les foules qu’une simple interdiction.

 

La Côte d’Ivoire : adoption d’un décret interdisant les sachets plastiques avec des dérogations

Le dernier bon élève en date est la Côte d’Ivoire, qui a, le 23 novembre 2013, adopté un décret visant à interdire les sachets plastiques, avec certaines dérogations. Seuls sont interdits les sachets en polyéthylène basse densité d’une épaisseur inférieure ou égale à 50 microns ; les sachets non dégradables ou oxo biodégradables. Il s’agit essentiellement des sachets d’emballage des magasins, de la restauration de rue, vente sur la voie publique etc. Les sachets biodégradables sont donc autorisés, sous réserve de remplir plusieurs critères et d’être d’une épaisseur supérieure à 50 microns. Certains opérateurs pourront tout de même obtenir une dérogation et continuer de produire des sachets, à la condition de présenter un plan de gestion environnementale, déterminant la vie du sachet plastique, de sorte à pouvoir retrouver le producteur si le sachet se retrouve dans la rue.

 

Recyclage du plastique en Afrique : difficultés et solutions


 

Le recyclage des sachets plastiques n’est pas mince affaire en Afrique ! Non seulement cela demande des connaissances techniques pointues, mais surtout, cela ne plaît pas à beaucoup d’industriels. Forcément, qui dit recyclage dit production de sachets plastiques inférieurs à 30 microns (très fins) et de qualité différente : cela engendre des coûts très importants pour les industriels, qui ne le voient pas d’un bon œil. C’est justement à cela que servent les lois, qui permettront de forcer les industriels à se plier aux nouvelles normes, sous peine d’amende ou peine de prison. C’est d’ailleurs ce qu’a fait l’Afrique du Sud depuis 2003 : les sachets plastiques sont recyclables, durent plus longtemps et sont payants, de sorte à sensibiliser les clients à cette cause (en sensibilisant leur portefeuille).

Mais le sachet plastique a de nombreuses utilisations en perspective, dont on n’a pas assez conscience ! Avec quelques vieilles machines agricoles, on peut transformer les sachets en briques pour construire des maisons, en vêtements ou en objets utilitaires.Par exemple, au Burkina Faso, l’Association Pengdwendé (APW) etl’Association pour l’innovation et la recherche technologique appropriée en environnement (AIRTAE) ont mis en place un réseau de transformation du plastique en briques et objets utilitaires, impliquant les femmes dans leurs travaux, leur offrant ainsi une formation et des moyens de subsistance nouveaux. Les briques en plastique sont d’ailleurs beaucoup mieux que le ciment à plusieurs niveaux : elles n’emmagasinent pas la chaleur la journée pour la ressortir la nuit, elles s’abiment beaucoup moins avec le temps et sont beaucoup moins chères ! Alors, à vos plastiques, prêts, briquez !

Le Cameroun se place également dans cette lignée, avec par exemple l’implantation de la première entreprise de recyclage de plastique camerounaise à Douala. Le but est de montrer qu’une économie verte est possible avec d’une part une action de préservation de l’environnement et d’autre part une source de revenus pour les populations.

 

Le Sénégal, le dernier de la classe ?

Quant au Sénégal, il est dans les derniers à agir pour la gestion durable des sachets plastiques. Un projet de loi avait été promis en 2012, prévoyant la mise en place de sachets plastiques dégradables et payants (grande nouveauté !) mais ce projet n’est toujours pas sorti des rouages juridiques.
Espérons que Macky SALL, grâce à son annonce lors de la Journée de la Terre, fera avancer le processus, car tandis que nos juristes réfléchissent, près de 5 millions de sachets plastiques sont consommés par jour dans notre pays, entraînant des conséquences dramatiques pour l’environnement, les animaux et l’être humain. Alors, même si adopter une loi prend du temps, en attendant, réfléchissons aux solutions qui s’offrent au Sénégal !

 

Il n’y a pas UNE meilleure solution mais plutôt quatre dimensions d’une même solution à un gros problème : 

1/ Il faut passer par une loi pour créer un cadre interdisant la production de sachets plastiques non dégradables, avec assez de sanctions pour dissuader les gros producteurs, commerçants et utilisateurs, qui redoutent les amendes et les peines de prison.
Cependant, seule une loi ne suffit pas, encore faut-il des décrets d’application, phase capitale à une réelle mise en œuvre d’une loi, mais qui manque cruellement au système juridique de notre pays. Si les sanctions n’existent que sur le papier, si aucun moyen de contrôle n’est mis en œuvre, si les industriels peuvent impunément continuer leurs mauvaises pratiques, la loi ne sert à rien. Il faudra donc impérativement, une fois adoptée, que soient édictés des décrets d’application, visant à mettre en œuvre, sur le terrain, le cadre élaboré par la loi.  

2/ Il faut ensuite informer, sensibiliser et toucher la population, soit en rémunérant les citoyens proportionnellement au poids de déchets qu’ils ramassent, soit en créant des sachets biodégradables payants, les incitant à la modération et au contrôle.

3/ Enfin et surtout il faut recycler, soit en réutilisant simplement le même sachet plastique pour différents usages, soit, en allant plus loin, en lui donnant une dimension économique, par la fabrication de briques, vêtements ou objets divers.

4/ Si le Sénégal allait plus loin ?
Si la prolifération des sachets plastiques est un fléau en Afrique, il ne faut cependant pas oublier que la question ne peut être traitée de manière isolée, car l’environnement est un enchevêtrement de questions intrinsèquement liées. Autrement dit, si les sachets plastiques sont très nocifs à l’environnement, leur fabrication consomme 35% de MOINS d’énergie que la fabrication des sachets en papier par exemple. Quant à eux, ils ne représentent pas une solution idéale non plus car ils impliquent de détruire des arbres, qui sont déjà rares sur notre planète asphyxiéeQuelle serait la solution dans ce cas ? Les résidus agricoles ! Recyclés, ils peuvent constituer des sachets très pratiques et représentent un gain écologique et économique immense (les résidus sont à déjà disposition, on recycle intelligent, on économise de l’énergie, des arbres et on évite le plastique).

 

Audrey ROCHARD
Juriste en Droit de l'Environnement 

La seule maladie dont souffre la planète, c’est l’homme !