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Mbeubeuss |
Mbeubeuss : Bombe écologique ou source de vie ?
Depuis 1968, la ville de Pikine (Sénégal) accueille l’unique décharge d’ordures de la région de Dakar : Mbeubeuss, située sur un ancien lac de la région de Malika d’environ 170 hectares. La décharge accueille la totalité des déchets ménagers de la région de Dakar et ses environs, soit 1300 tonnes de déchets par jour. Depuis son ouverture, la seule forme d’exploitation demeure le simple terrassement des déchets déposés par des camions après leur pesage.

A l’instar des décharges municipales dans les grandes villes subsahariennes, l’ouverture de la décharge de Mbeubeuss ne fut précédée d’aucune étude ni d’aménagement technique préalable. La décharge est un dépotoir à ciel ouvert non clôturé où les ordures ne sont pas recouvertes de matériaux inertes et où se pratique une intense activité de récupération.
Impact environnemental
Cette immense décharge gagne chaque jour un peu plus de terrain et pollue ainsi les eaux, les sols et l’air environnants causant des désagréments pour les riverains et mettant en péril les activités économiques (élevage, agriculture etc.).
Les populations des quartiers riverains de Mbeubeuss, en particulier Diamalaye, sont gênées dans leurs déplacements par les va-et-vient incessants des camions d’ordures. A ces déplacements s’ajoutent les mauvaises odeurs, qui affectent les riverains surtout en période de chaleur et la prolifération des mouches durant la saison des pluies.
Cette cohabitation des populations riveraines a aussi de graves conséquences sur la santé des populations :
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la pollution de l’air engendre 5 fois plus de maladies respiratoires chez les riverains
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la pollution de l’eau se traduit par 75% des zones d’approvisionnement en eau potable contaminées au plomb, entraînant 40% plus d’apparition de problèmes obstétriques chez les femmes,
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la pollution des sols engendre des produits impropres à la consommation (fruits, légumes, viandes etc.) avec 90% des viandes de porc voisines contaminées au mercure dans des proportions dangereuses

Manne financière
Mbeubeuss, c’est aussi une source de revenus pour environ 2000 personnes, qui, dans une « ville-déchets » s’adonnent à de réelles activités commerciales, par la récupération, la vente, la restauration etc. La décharge de Mbeubeuss reçoit tous les ans près de 475.000 tonnes d’ordures, représentant un chiffre d’affaires de 13 millions de francs CFA par jour. On répertorie parmi les acteurs, des récupérateurs (sédentaires ou ambulants), des revendeurs et des transformateurs. Certains ont des revenus mensuels bien supérieurs au revenu moyen sénégalais, mais, en raison de l’image très négative de leur métier et des mauvaises conditions d’exercice, ils sont marginalisés.
Politiques recommandées
Il a été identifié 4 domaines dans lesquels des interventions urgentes sont nécessaires :
- Le besoin d’assainissement lié à la fragilité de l’écosystème (système de traitements des eaux usées)
- L’importance d’une urbanisation contrôlée (interdiction d’habiter, de cultiver ou d’établir un élevage à moins de 50 mètres de la décharge)
- La réservation foncière d’une bande de 50 m de large tout autour de la décharge, destinée à l’arboriculture à usage énergétique
- La politique de développement, par une agriculture urbaine orientée vers une production ciblée adaptée aux conditions écologiques et économiques de la zone (comme la floriculture).
La décharge de Mbeubeuss est une bombe écologique à déflagration continue. Il est urgent de la désamorcer définitivement, avant l’explosion finale.











