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Du pétrole au large de Rufisque et Sangomar ?
L’or noir, le futur du Sénégal ou sa condamnation ?
Nous savons que les eaux sénégalaises au large de la Casamance avaient été repérées par diverses sociétés pétrolières comme sources potentielles de pétrole, le fameux « or noir ». Ce qui est un peu moins connu est l’engouement de ces dernières années pour les côtes de Rufisque et Sangomar.
En effet, la société Cairn Energy (entreprise de production et de distribution d’énergie basée au Royaume-Uni) a récemment conclu un contrat avec la société Transocean, pour la location à long terme d’une plateforme pétrolière Cajun Express. Or, la fameuse plateforme pétrolière est arrivée à notre bon port dakarois il y a peu de temps. Le lancement du forage « off-shore » (forage en mer profonde) sur deux des 3 blocs ciblés, à savoir celui de Rufisque, Sangomar et Sangomar Deep, devrait être lancé très bientôt.

Le contexte : le pétrole en Afrique
L’Afrique de l’Ouest est connue pour la qualité de son pétrole et fait l’objet de nombreuses convoitises. Cependant, celles-ci ne sont pas sans conséquences au niveau interne et international :
- l’Afrique produit aujourd’hui 10% de la production mondiale de pétrole (soit plus de 376.4 millions de tonnes de pétrole par an)
- les Etats-Unis souhaitent que 25% de leur énergie soit fournie par l’Afrique d’ici à 2015 pour réduire leur dépendance à l’égard d’Etats politiques versatiles
- la Chine entend fortement concurrencer les Etats-Unis pour le pétrole africain, et s’est déjà implantée au Soudan
- la course au pétrole provoque et alimente des conflits au sein de nombreux pays, et intéresse tout particulièrement les groupes terroristes et mafieux
- la fraude et la corruption sont un problème majeur
- les conflits interétatiques sont causés par le problème de délimitation des frontières (en particulier maritimes par rapport aux forages off-shore)
Source : Gestion environnementale de l'exploitation de pétrole offshore et du transport maritime pétrolier, Commission de l'UICN des Politiques Environnementales, Économiques et Sociales – CEESP, 2004
Y-a-t-il du pétrole au large de Rufisque et Sangomar ?
Sur les 3 blocs précités, des gîtes d’hydrocarbures auraient été repérés sur environ 2050 km2, ce qui contiendrait 1,5 milliards de barils de ressources pétrolières.
Assez pour intéresser de nombreuses sociétés ! On peut d’ailleurs se dire que si une société comme Cairn Energy est prête à financer un forage d’essai à hauteur de 80 millions de dollars, le jeu en vaudra la chandelle (ou plutôt le pétrole !). Evidemment, la société Cairn n’est pas la seule impliquée dans l’enchevêtrement de sociétés concernées, chacune à des niveaux plus ou moins importants, comme Petrosen (Société des Pétroles du Sénégal) ou encore ConocoPhillips (société américaine).
En quoi consiste un forage pétrolier off-shore ?
La mise en œuvre d’un forage off-shore passe par plusieurs phases complexes. Cependant, 2 seules vont retenir notre attention en l’espèce, car ce sont celles qui ont un impact sur l’environnement :
- Les études sismiques (pour obtenir des cartes sur lesquelles sont définis les blocs où trouver les gîtes d’hydrocarbures, autrement dit là où il y a le plus de chances de trouver du pétrole)
- Le forage : il y a plusieurs techniques différentes de forage, différentes plateformes, mais l’essentiel consiste à équiper un navire avec une structure permettant de creuser le fond des océans de manière très profonde.

Quels sont les risques environnementaux et sociaux d’un forage pétrolier en milieu marin au Sénégal ?
L’économie du Sénégal est principalement fondée sur le tourisme et la pêche, sources principales de revenus pour de nombreux Sénégalais. Si le pétrole peut également constituer une ressource vitale pour un pays, les expériences précédentes en Afrique de l’Ouest nous imposent un peu de réflexion avant de se lancer dans une ruée vers l’or (noir). Le Rapport d’Evaluation des Industries Extractives (EIR) a ainsi pu montrer les failles d’une fièvre pétrolière dans la région et il est inutile de rappeler le désastre écologique du delta du Niger (Nigeria) qui, par ailleurs, n’est toujours pas réglé.
Les risques écologiques les plus importants :
- dégradation des écosystèmes par l’activité de forage (ayant ainsi un impact sur toute une chaîne environnementale et donc sur la pêche et le tourisme)
- bruits et vibrations
- déchets solides et liquides
- perturbation des fonds marins
- évitement de la zone par la faune marine à cause du bruit, des déchets, de la vibration et la présence humaine
- invasions possibles d’espèces toxiques transportées par les eaux de ballast (des cales des navires)
- marée noire (risque augmenté du fait du fort trafic maritime pétrolier en Atlantique)
Une destruction lente des écosystèmes marins et côtiers ferait s’effondrer le tourisme et la pêche ! Or, même si les industries de la pêche ou autres ont des impacts sur l’environnement, ils s’équilibrent par les bénéfices que le pays en tire. Mais l’exploitation pétrolière est souvent de courte durée (une dizaine d’années) et ne contribue donc que de manière brève à l’économie du pays, tout en ayant détruit à long terme les ressources de celui-ci.











