On savait déjà les microplastiques omniprésents dans notre environnement. De nouvelles recherches suggèrent désormais qu’ils pourraient aussi déséquilibrer silencieusement notre flore intestinale, au point d’augmenter le risque de maladies inflammatoires chroniques comme Crohn.
Le plastique est partout : dans l’air que nous respirons, dans l’eau que nous buvons, dans les emballages alimentaires, les textiles et même sur nos planches à découper. À force d’usure, ces matériaux libèrent d’infimes fragments appelés microplastiques, que nous inhalons et ingérons quotidiennement sans même nous en rendre compte. À tel point que nous pourrions en absorber jusqu’à 5 grammes par semaine…
Si leur présence dans l’organisme humain inquiète déjà les chercheurs, une nouvelle étude publiée dans Journal of Hazardous Materials suggère que ces particules pourraient perturber directement notre microbiote intestinal et fragiliser la santé digestive.
Les microplastiques désorganisent les bactéries protectrices de l’intestin
Pour mener leurs travaux, les chercheurs chinois ont exposé des souris à des microplastiques de polystyrène de différentes tailles. Résultat : les animaux ont développé une inflammation intestinale plus sévère et se sont retrouvés plus vulnérables à la colite, une pathologie proche des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin chez l’humain (MICI).
Les analyses montrent que ces microplastiques modifient profondément la composition du microbiote. Certaines bactéries bénéfiques diminuent nettement, en particulier celles impliquées dans la fabrication du butyrate, un acide gras essentiel issu de la fermentation des fibres alimentaires.
Or, le butyrate joue un rôle majeur : il nourrit les cellules de la paroi intestinale, renforce la barrière digestive et limite les réactions inflammatoires. Lorsque sa production chute, l’intestin devient plus perméable et plus sensible aux agressions.
Une chute du butyrate qui ouvre la voie aux maladies inflammatoires
L’étude met en évidence un mécanisme biologique particulièrement préoccupant : la perturbation de l’axe microbiote-butyrate-PPARγ. En clair, moins il y a de bactéries productrices de butyrate, moins les voies anti-inflammatoires naturelles de l’intestin sont activées.
Lorsque les chercheurs ont administré du butyrate aux souris exposées, ils ont constaté une atténuation partielle des lésions inflammatoires intestinales, ce qui renforce l’idée que la toxicité des microplastiques passe en grande partie par cette perturbation métabolique.
Autrement dit, le problème ne serait pas seulement la présence physique du plastique dans l’intestin, mais sa capacité à dérégler l’écosystème bactérien chargé de nous protéger.
D’autres travaux scientifiques aboutissent aux mêmes constats
Ces conclusions ne sont pas isolées. Une revue scientifique publiée en 2025 dans BMC Gastroenterology a analysé douze travaux consacrés aux effets des microplastiques sur l’intestin et le microbiote.
Son constat est similaire : l’exposition répétée à ces particules perturbe durablement l’équilibre bactérien intestinal, réduit plusieurs espèces bénéfiques et modifie la production des acides gras à chaîne courte, notamment le butyrate. Les auteurs soulignent également que cette dysbiose s’accompagne souvent d’une fragilisation de la barrière intestinale et d’une hausse des marqueurs inflammatoires.
Src : FUTURA-SCIENCES.COM





